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REFLETS |
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Jusqu'au 18ème siècle, la tapisserie était un art à part entière. Mais sous Colbert, les manufactures royales vont brider la création et, jusqu'au 20ème siècle et l'arrivée de Jean Lurçat, copieront à l'excès les peintures de grands maîtres. Dominée par les techniques des Gobelins et d'Aubusson, l'industrie tapissière a aujourd'hui quasiment disparu et il ne reste plus qu'une trentaine d'artistes liciers en France. En Basse-Normandie, ils se comptent sur les doigts d'une main. Dans l'ombre de la tapisserie de Bayeux, " qui est en fait une broderie" précise Agnès Barré-Masurier, le musée des Beaux-Arts de Saint-Lô renferme une tenture de 32 mètres, "Les Amours de Gombault et Macée " (Bruges, XVIème), et les oeuvres de grands maîtres cartonniers (Lurçat, Grau-Garriga, Matégot ... ). La licière de Sourdeval a forgé son propre style à force de pratique et de rencontres, celle notamment avec Jacques Plasse Le Caisrie, grand interprète des peintres de l'école de Paris (Manessier, Le Moal, Villon ... ). Plutôt figurative - paysages et portraits -, sa tapisserie n'empreinte ni aux Gobelins ni à Aubusson. Sur son métier à tisserand, elle se construit en trois dimensions : " La toile, le fond en double épaisseur, le fil. Cela donne plus de profondeur et permet davantage d'improvisations car les points sont moins serrés", explique-t-elle. Le fond représente à lui seul plus de 1200 fils, soit une semaine de patiente mise en place. Pour chacun de ces ouvrages, la réalisation d'un mètre carré de tapisserie dure en moyenne un mois. "On finit par avoir les yeux au bout des doigts !". | |
MAGAZINE DE LA MANCHE LIBRE | |
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Elle crée d'époustouflantes tapisseries
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Elle exerce un art qui reste rare .Agnès Barré-Masurier crée des tapisseries. Pas comme celles des manufactures d'Aubusson ou des Gobelins. Non, des tapisseries à part. En utilisant une technique propre, qu'elle a crée au fil du temps. Au fil de son expérience. Au fil de ses bobines. L'abstraction figurée. "La tapisserie est un art difficile. Qui est souvent statique, fixé sur un mur. Je cherche à lui donner du relief, de l'animation. En un mot de la vie", souligne l'artiste. Celle vie, le public de la Manche et du Calvados peut la découvrir jusqu'au 30 avril dans la galerie de la caisse régionale du Crédit Agricole normand, avenue de Paris à Saint-Lô. Une trentaine de pièces y sont exposées. "il y a également un triptyque au musée des Beaux-Arts de Saint-Lô, deux tapisseries à la médiathèque et une autre en mairie". Reproduction de la réalité ou abstraction totale? Peu importe aux yeux de l'artiste. "Ce qui compte, c'est ce que chacun voit dans l'œuvre tissée. Je souhaite avant tout faire passer une émotion". Elle puise une véritable inspiration chez les peintres. Fauvistes, De Staël, Derain, Kandinsky, Van Gogh. Tous un jour ou l'autre ont touché Agnès Barré-Masurier. Cela se ressent dans ses tapisseries. A mi-chemin entre la figuration et l'abstraction, elle opte pour l'abstraction figurée. Sa technique est à la fois simple et complexe. "Je débute très souvent par un dessin, une aquarelle ou une gouache assez proche de ce que sera ma tapisserie. De format plus réduit bien entendu". Vient ensuite le cartonnage. Le tableau initial est reproduit à l'échelle 1 sur du papier quadrillé. Puis l'artiste transmet les grandes lignes du projet sur un calque qui lui servira de guide dans la réalisation de sa tapisserie. "Sur ce calque figurent les grandes formes ainsi que les couleurs souhaitées. Il est très fréquent que je modifie la tapisserie en cours de tissage". Du tissage à la tapisserie Sans pour autant verser dans l'improvisation totale. "Certains aiment travailler ainsi. Ce n'est pas mon cas. Pour une simple question de respect des proportions dans la tapisserie, il me semble très important de préparer un croquis à l'échelle de ce que l'on souhaite tisser". Et sur un métier à tisser de 1, 40 mètre de largeur, le nombre considérable de fils à placer impose d'avoir préalablement réfléchi aux couleurs que l'on souhaite utiliser et à leur position dans la trame. "il faut compter douze fils par centimètre" soit 1680 fils pour une tapisserie de 1,40 mètre de largeur. Le temps revêt une grande importance."on avance en général d'un mètre carré par mois". Quand Agnès Barré-Masurier a réalisé 3 ou 4 centimètres dans la journée, elle est satisfaite. Une de ses particularités est de travailler sur un métier à tisser. Et non sur un métier de haute-lisse comme en utilisent les lissiers des Gobelins , ou de basse-lisse comme cela se pratique à Aubusson. "J'ai débuté par le tissage. J'ai été tisserand pendant cinq ans. Cela m'a permis d'acquérir et de maîtriser cette technique". Qu'elle a aujourd'hui transposée à la tapisserie. Le reflet et le relief La maîtrise de cette technique permet à l'artiste d'aborder la tapisserie d'une façon différente. Là où les réalisations des Gobelins ou d'Aubusson mettent l'accent sur un aspect particulièrement lisse, Agnès Barré-Masurier joue sur l'apparition de la chaîne dans ses tapisseries . "Cela crée un mouvement, un reflet, un relief. Choses qui n'existent pas chez ceux qui masquent complètement la chaîne. " Ici, la chaîne fait intégralement partie de la tapisserie, elle n'est pas simplement un élément de la construction de l'œuvre. Elle la structure. A Saint-Lô, Agnès Barré-Masurier a construit son exposition sur le thème "Sur la route de la tapisserie". "L'occasion est belle d'exposer à Saint-Lô. Peu de gens savent que la ville possède l'une des plus importantes collections de tapisseries anciennes et modernes de France." Entre la tenture des "Amours de Gombault et Macée" ensemble du seizième siècle et les œuvres de Grau Garriga, les pièces d'Agnès Barré-Masurier devraient trouver leur place. De chatoyantes couleurs L'hôtel de ville de Saint-Lô recevra la tapisserie "Les chants de l'automne".Leurs couleurs chatoyantes vont entrer en relation forte avec la flamboyance de celles de Grau Garriga. Au musée des Beaux-Arts, c'est le triptyque "deux jours avant la pleine lune" qui sera exposé. Un diaporama d'une vingtaine de minutes présentera l'histoire de la tapisserie et l'évolution des techniques de fabrication. nfin la médiathèque sera dotée de créations modernes. Agnès Barré-Masurier a interprété le "alisman"de Sérusier et "es racines d'arbres"de Van Gogh, un de ses maîtres. | |
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Exposition d'Agnès Barré-Masurier jusqu'à vendredi |
Vous n'en rencontrerez pas deux comme elle. Agnès Barré-Masurier ne connaît personne qui pratique son art à ce niveau. Vous avez jusqu'à vendredi soir pour vous mettre sur la route des tapisseries, du Crédit agricole au musée des Beaux-arts en passant par la mairie et la médiathèque. | |
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